vendredi 14 septembre 2018

Rentrée littéraire : Sophie Divry


C'est d'abord le titre, splendide et accrocheur, qui m'a interpellée parmi les quelques six cent romans parus ou à paraître en cette rentrée littéraire :



Trois fois la fin du monde



Joseph Kamal, jeune homme un peu paumé, est incarcéré pour avoir participé à un braquage. Son frère y a trouvé la mort, assassiné par des policiers. Joseph subit alors la violence des matons et des détenus, l'enfer de la prison décrit au fil de pages très dures, révoltantes. Puis survient une catastrophe nucléaire qui décime la population mais épargne une minorité, comme Joseph qui semble immunisé. Il s'évade de prison et se retrouve contraint de vivre dans la zone interdite. Commence alors la troisième partie du roman, la plus ample et la plus belle, celle de la Robinsonnade post-apocalyptique. Joseph découvre la liberté après l'enfermement, les joies de la solitude après l'enfer des autres, le bonheur de la vie en harmonie avec la nature. Mais aussi un vide incommensurable…

Si le sujet peut sembler déjà vu, l'approche est intelligente et le personnage touchant. Le point de vue de Joseph, avec son parlé de détenu, alterne avec le langage plus soutenu et poétique d'un narrateur extérieur, deux regards qui nous questionnent avec justesse sur les notions de solitude, de résilience, d'humanité.

Ce roman m'a plu, m'a émue et m'a travaillée plusieurs jours après sa lecture, mais mon véritable coup de cœur est un autre livre de Sophie Divry, découvert après Trois fois la fin du monde :

Quand le diable sortit de la salle de bain




Sophie Divry, dont je n'avais encore lu aucun livre, est apparemment une spécialiste du changement de style, proposant des romans étonnamment différents les uns des autres. Ces deux-là sont effectivement incomparables, tant au niveau du sujet que de la forme. Si son dernier roman est emprunt de gravité, de violence et de dureté (surtout dans la première partie), et que la narration y est classique, Quand le diable sortit de la salle de bain en est l'opposé : cocasse et inventif.

Nous suivons ici les déboires de Sophie, une chômeuse trentenaire qui peine à vivre de sa plume, s'enfonce dans la pauvreté et se retrouve le 20 du mois avec seulement 40 euros pour (sur)vivre. Tiraillée par la faim, Sophie nous livre le récit de ses galères et de ses tentations, à travers ses divagations littéraires foutraques. Mots-valises, figures de style hilarantes, interventions métafictionnelles de la narratrice-écrivaine ou encore jeu avec la typographie et la mise en page, Sophie Divry nous offre un récit d'une originalité littéraire réjouissante. Nous sommes prévenus de la tonalité du récit dès le sous-titre : « Roman improvisé, interruptif et pas sérieux » puis à nouveau par la dédicace « Aux improductifs, aux enfants, aux rêveurs, aux mangeurs de nouilles et aux « défaits », je dédie ce livre ».

Extrêmement drôle, d'une inventivité stylistique surprenante, voilà un roman qui parle pourtant de sujets importants. L'humour y est décapant et ravageur. Pour exemple, cette scène, dirais-je, Lewiscarrollienne, durant laquelle Sophie, se résignant finalement à vendre son grille-pain pour gagner quelques sous, entame avec lui (le grille-pain) un dialogue pastichant une tragédie de Racine :

«  Le grille-pain, comprenant son sort, s'accrocha en pleurant à sa prise électrique.
- Quel est mon crime ? Pourquoi m'assassiner ? Qu'ai-je fait ? A quel titre ? Qui te l'a dit ?- - Allons, bouilladit la bouilloire. Ne te mets pas dans un état pareil, tu vas te court-circuiter…
- C'est une félonie, c'est une trahison ! Voilà la rançon de tant de dévouement ! (...) "

Ou encore ses revendications contre les « lacunes » de la langue française :

« Il n'y a pas de mot pour dire « du samedi », par exemple, alors qu'il existe un adjectif pour dire « du dimanche », dominical. (…) Il n'y a pas de verbe pour dire qu'on a enfilé son vêtement à l'envers. On ne peut pas marquer une différence entre être mouillé par la pluie ou être mouillé par la neige. (…) Il serait temps d'inventer quelque chose pour remplacer l'expression lénifiante « J'ai commandé sur Internet ». (...)

Deux très bons romans donc, une écrivaine étonnante, à découvrir!


Trois fois la fin du monde, Sophie Divry, éditions Noir sur Blanc (Notabilia), 2018, 16 €.
Quand le diable sortit de la salle de bain, Sophie Divry, éditions Noir sur Blanc (Notabilia), 2015, 18 €.


mercredi 1 août 2018

Un polar dans la valise

Je ne lis pas trop de polar (c'est un euphémisme, je n'en lis pas du tout). J'ai voulu corriger cette lacune pour en chroniquer un, tout de même, dans le journal Le Petit Vendômois, et je n'ai pas été déçue! 

Voici ma chronique de cet été : 





Le 6 juin 1960, à l’Hôtel du Grand Cerf de Reugny, petit village des Ardennes, l’actrice allemande Rosa Gulingen est retrouvée morte, noyée dans sa baignoire. La police conclut à une mort accidentelle et classe l’affaire. Mais quarante ans plus tard, un producteur grand admirateur de la star oubliée du cinéma, persuadé qu’elle a été assassinée, envoie le journaliste Nicolas Tèque sur les lieux pour reprendre l’enquête. Au même moment, des meurtres sont commis à Reugny. Un douanier décapité ouvre le bal, suivi par la disparition d’une jeune fille, puis un autre assassinat… L’inspecteur Vertigo Kulbertus, à quinze jours de la retraite, est envoyé sur place pour enquêter.

L’entremêlement du passé et du présent, des enquêtes menées parallèlement par Vertigo Kulbertus et Nicolas Tèque, des destins et des secrets des personnages sont habilement orchestrés tout au long de ce polar haletant. 

L’humour noir est délicieux, grâce au personnage phénoménal de Vertigo, obèse gargantuesque, engloutissant des tonnes de frites et de cervelas et des litres de bière à longueur de journée. Cynique, vulgaire, répugnant et charismatique à la fois, il offense les suspects, les pousse à bout en utilisant des méthodes d’interrogatoires peu orthodoxes. 

Un personnage burlesque inoubliable, subtil derrière des apparences grossières, une intrigue bien ficelée et du suspense, un polar idéal pour une lecture d’été !

Hôtel du Grand Cerf de Franz Bartelt, éditions du Seuil, 2017, 20 €.

vendredi 1 juin 2018

Faites de la musique !



Aujourd'hui, Momoko passe une audition de piano et elle a le trac. Alors qu'elle patiente, angoissée, à l'arrière de la scène, une petite souris l'invite à la suivre. S’engouffrant par une porte minuscule, Momoko se retrouve alors dans une salle pleine de souris qui assistent elles-aussi à un spectacle ! 

L'ambiance est décontractée mais la petite souris, elle aussi, a peur de se tromper. Grâce à cette aventure, Momoko découvre la joie de jouer pour le plaisir partagé, le sien et celui des autres. 

Les illustrations magnifiques de cet album jeunesse, jouent avec les couleurs de manière significative : la robe rouge pourpre, rouge colère, rouge peur de Momoko tranche au milieu du fusain et l'apparition de touches de couleurs dans la salle des souris fait sens. 

Un album bienvenu pour aider les musiciens en herbe à affronter l'appréhension de jouer devant un public ! Mais surtout, une belle histoire universelle pour redonner à chacun confiance en soi, apprivoiser la peur d'être au centre des regards, et une célébration délicate de la puissance de l'imagination. 

Le récital de piano d'Akiko Miyakoshi, Kaléidoscope, 2017, 13 €.

Album à partir de 6 ans.

mardi 1 mai 2018

« Mai 68 fut une convergence, c'est comme si des milliers de petites rigoles avaient abouti au même point, formant un lac d'impatience qui ne pouvait que déborder »




Documentaires, récits, bandes dessinées, les publications sur Mai 68 fleurissent à l’occasion des cinquante ans de l'événement, reflétant le pluralisme des interprétations qu’il suscite. 

Un arbre en Mai de Jean-Christophe Bailly, publié au mois de janvier, bien en amont de cette vague éditoriale, dénote. Rédigé en 2004, ce court récit personnel, qui n’est ni un roman ni un texte historique, « cherche à atteindre […] l'air d'un temps soulevé par une tornade à la fois immense et légère. » Tirant le fil de ses souvenirs en un « archipel désordonné », Jean-Christophe Bailly nous entraîne à Nanterre où, étudiant de 19 ans, il oscillait entre romantisme révolutionnaire, militantisme discontinu, voyage au pays du rock’n’roll, écriture et poésie. 

A travers la métaphore de l'arbre, notamment les « arbres de mai » de la Révolution française, plantés en signe de liberté, Jean-Christophe Bailly propose une « visite » du passé et de la jeunesse. Une visite d'un arbre planté puis mort, l'essentiel étant finalement « d'avoir planté un arbre, ou plein de petits arbres qui devaient former une forêt frémissante à la surface d'un pays engoncé ». Il évoque l'étonnement de tous face à la rapidité à laquelle les événements se précipitèrent : 

« Nous n'en revenions pas, et c'est sans doute aussi pourquoi il fut si difficile, pendant longtemps, d'en revenir vraiment. » 

Un livre touchant qui éclaire avec délicatesse cet événement controversé. 

Un arbre en mai de Jean-Christophe Bailly, éditions du Seuil (Fiction & Cie), janvier 2018, 10 €.

mardi 3 avril 2018

Roman islandais


L’auteure islandaise Audur Ava Olafsdottir, découverte en France avec son roman Rosa Candida, a publié cet hiver un nouveau récit aussi étonnant que réconfortant. 

« Tu savais que l’homme est le seul animal à pleurer ? 
- Non, je l’ignorais. Je croyais que c’était le seul animal à rire. »








Jonas Ebeneser, 49 ans, passe son temps à bricoler, notamment pour les femmes de sa vie, les trois Gudrun : sa mère, son épouse et sa fille. Mais un jour, c’est lui qui aurait bien besoin d’être réparé, brisé par un secret longtemps gardé par sa femme. Jonas pense alors au suicide et décide de partir mettre fin à ses jours dans un pays en guerre. Il emmène tout de même sa caisse à outils et sa perceuse ainsi que les carnets intimes de ses vingt ans qu’il vient de retrouver… Là-bas, il trouve une chambre à louer dans un hôtel qui, comme les habitants qu’il rencontre au fil des jours, a besoin de sacrées réparations après les ravages de la guerre civile. 

En islandais, « ör » signifie « cicatrice ». Un titre parfait pour ce roman sur la réparation. « Se remet-on jamais d’être né » interroge l’un des personnages. Cicatrices physiques ou psychologiques, cicatrices de guerre ou cicatrice originelle, celle de notre naissance, nous vivons tous avec des cicatrices. 

Abordant un thème grave avec humour et sensibilité, par une écriture sobre, « Ör » est une ode à la vie. Truffé de petites phrases qu’on a envie de noter pour mémoire, comme des proverbes ou des condensés poétiques qui aident à vivre ou redonnent le sourire en quelques mots bien trouvés. Avec fantaisie, l'auteure sonde l’humanité grâce à des personnages attachants. Ce roman est une bouffée d’air frais, une consolation ! 

Ör d'Audur Ava Olafsdottir, traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson, paru aux éditions Zulma en octobre 2017, 19 €.

jeudi 9 novembre 2017

"Les huit montagnes" de Paolo Cognetti, éditions Stock, collection La cosmopolite, 2017


Prix Strega 2017, sélectionné pour de nombreux prix littéraires, Les huit montagnes de Paolo Cognetti s'est vu décerner, ce jeudi 9 novembre 2017, le prix Médicis étranger. A ma grande joie, puisqu'il fait partie de mes grands coups de cœur de la rentrée ! 

C'est l'histoire de Pietro et de ses parents, citadins qui passent leurs étés à la montagne dans le val d'Aoste, et de Bruno, fils de vachers, qui y vit toute l'année et n'a jamais quitté son village. Les deux enfants se lient d'amitié, parcourent ensemble la montagne sauvage, se perdent de vue quelques années, puis se retrouvent à l'âge adulte. C'est aussi l'histoire complexe des relations entre parents et enfants, évoquée tout en finesse : 

« Et je savais une bonne fois pour toutes que j'avais eu deux pères : le premier était l'étranger avec lequel j'avais habité pendant vingt ans, en ville (…) ; le deuxième était mon père de montagne, celui que j'avais seulement aperçu et pourtant mieux connu (...) ». 

Un grand roman d'amitié et de filiation, dans un beau style classique, où la nature et la montagne sont merveilleusement dépeintes. Les mots au pouvoir évocateur font surgir des images puissantes qui emportent le lecteur au plus haut des sommets enneigés comme au plus intime de la pensée : 

« L'été efface les souvenirs de la même façon qu'il fait fondre la neige, mais le glacier renferme les souvenirs des hivers lointains, c'est un souvenir d'hiver qui refuse qu'on l'oublie. »

Des sujets à la portée universelle, un récit d'une intelligence remarquable, porté par un souffle poétique, époustouflant !

Les huit montagnes de Paolo Cognetti, éditions Stock, collection La cosmopolite, 2017, 21,50 €.
Article publié dans le journal mensuel Le Petit Vendômois, novembre 2017. 

jeudi 21 septembre 2017

"Vera", de Carl Geary, paru chez Rivages en 2017

Un de mes coups de cœur de la rentrée littéraire de septembre !



Est-ce que Vera est une histoire d'amour ? Son auteur Karl Geary nuance dans une interview donnée au journal Libération : Vera est « plus une histoire de désir, de convoitise, de solitude ». Désir passionnel d'un adolescent de 16 ans, solitude d'une femme à l'âge non précisé, probablement la quarantaine. C'est surtout une rencontre improbable entre deux personnes que tout oppose : l'âge, le milieu social, la culture. Sonny erre dans les limbes de l'adolescence, écrasé par le poids d'un milieu social qui ne laisse aucune place au rêve. Une famille rustre et pauvre, un petit boulot dans une boucherie, une vie de lycéen fantomatique, invisible et délaissé. Sonny est un voleur de pièces de vélo, galérant pour se procurer alcool et cigarettes à partager avec Sharon, son amie d'enfance brute de pomme. Sonny a les ongles crasseux d'un fils d'ouvrier mais sa sensibilité à fleur de peau se heurte sans cesse à un horizon au ras du sol. 

Vera est une femme mystérieuse, qui « ressemble à une star de cinéma ». Elle est riche, cultivée et vit dans un quartier chic. Elle semble aussi très seule et nous ne saurons presque rien de sa vie. La rencontre se produit alors que Sonny accompagne son père pour faire des travaux dans la maison d' « une vieille bourge ». Mais la vieille n'est finalement pas si vieille que ça, elle est même plutôt belle et l'adolescent est immédiatement attiré par cette femme mystérieuse. Passion aveugle, attrait pour un monde inconnu et impénétrable, adulation, idéalisation, qu'importe, les sentiments et le désir naissant de Sonny sont puissamment évoqués. Délicat et percutant, ce roman surprend par l'approche réaliste et dure, dénuée de mièvrerie, de cette improbable rencontre. Par ce portrait saisissant d'un jeune garçon vulnérable, en proie à un désir physique mais aussi à une envie rageuse, désespérée, d'échapper à sa condition. Lui qui n'a jamais possédé de livres, il s'essaie à lire des poésie de T.S. Eliot chapardées chez Vera. Elle, apparaît comme une femme absente et inaccessible, tant à Sonny qu'au lecteur. 

Utilisant la deuxième personne du singulier, l'auteur parvient à produire un procédé narratif qui peut étonner voire rebuter au premier abord, mais qui s'avère judicieux : en tutoyant Sonny, il provoque une proximité efficace avec le lecteur. Beaucoup de non-dits laissent enfin une grande place à l'imagination et confèrent à ce récit une puissance et une grâce qui touchent au cœur.

dimanche 17 septembre 2017

"Miniaturiste" de Jessie Burton paru chez Gallimard (Folio), 2017, 8,20 €




Suspense garanti avec Miniaturiste de Jessie Burton, captivante fiction historique qui vous tiendra en haleine avec son intrigue à mystères et ses personnages étonnants.

En 1686, Petronella Oortman, dite Nella, dix-huit ans, rejoint à Amsterdam Johannes Brandt, un riche marchand de vingt ans son aîné, qu'elle vient d'épouser. Nella y est froidement accueillie par Marin, la sœur de son mari, célibataire rigide, austère et peu aimable. En cadeau de mariage, Johannes offre à son épouse une maison de poupée sophistiquée et luxueuse représentant leur propre demeure. Délaissée par un mari qui semble indifférent, cherchant sa place au sein de cette étrange et hostile famille, la jeune fille entreprend de meubler et de peupler la maison de poupées en sollicitant un miniaturiste. Mais l'angoisse et la fascination s'emparent de Nella lorsque l'artisan se met à lui envoyer des pièces qu'elle n'a pas commandées, qui correspondent exactement à l’intérieur de la demeure réelle et à la vie de ses habitants, révélant ainsi de dangereux secrets... Un premier roman jouant avec les frontières entre réalité et imaginaire, entre fantastique et fantasmatique, à dévorer d'une traite !

Article paru dans le journal mensuel Le Petit Vendômois, juillet 2017. 

"Mon imagier des instruments", illustré par Xavier Frehring, paru chez Gallimard Jeunesse, collection éveil musical, 2010, 16 €




Bain de langage, bain de sons, il n'est jamais trop tôt pour familiariser les enfants avec les livres comme avec la musique ! Avec le livre-cd Mon imagier des instruments, les tout-petits pourront découvrir quinze instruments, de la clarinette à la batterie en passant par la harpe, l'accordéon ou le violoncelle. Le format carré et tout cartonné est bien adapté aux petites mains, les illustrations réalistes des instruments permettent de les identifier facilement, les couleurs vives et harmonieuses sont des plus agréables. La qualité sonore de l'enregistrement, indispensable pour initier convenablement à la musique, met bien en valeur les compositions d'Isabelle Aboulker. Le disque se termine par un jeu invitant à reconnaître le son des instruments présentés, pour développer l'écoute, la mémoire et l'oreille musicale en s'amusant !

Article paru dans le journal mensuel Le Petit Vendômois, juin 2017. 

"Pereira prétend", de Pierre-Henry Gomont, d'après le roman de Antonio Tabucchi, paru aux éditions Sarbacane, 2016


Lisbonne, fin juillet 1938. Doutor Pereira est journaliste, responsable de la rubrique culturelle du journal conservateur Le Lisboa. Solitaire tourmenté, profondément blessé par la mort de sa femme, il se nourrit de littérature, de boissons trop sucrées et d'aliments trop riches qui meurtrissent son corps obèse. Face à la dictature salazariste, à la guerre civile de l'Espagne voisine, à la montée du fascisme dans toute l'Europe, Pereira prétend qu'il ne s'intéresse pas à la politique. Mais sa rencontre avec Monteiro Rossi, jeune révolutionnaire toujours fauché, auquel il propose d'écrire des nécrologies anticipées d'écrivains célèbres, bouleverse sa routine, le confronte au monde réel, à la censure et à la violence, et le pousse à retrouver goût à la vie. 



Ce récit bouleversant, avec ses personnages sensibles, d'une grande profondeur psychologique, aux faiblesses touchantes, au courage roboratif, est magnifiquement porté l'illustration. Le potentiel symbolique des couleurs est habilement manié : jaunes et rouges chauds figurant à merveille la touffeur des journées portugaises, splendides scènes nocturnes en tons verts-bleus, jeux de contrastes entre personnages et décors. De belles trouvailles graphiques pour représenter les questionnements intérieurs, un trait expressif et dynamique, un texte percutant confèrent à cet album la qualité et la force nécessaires pour émouvoir et habiter longuement le lecteur. 

Article paru dans le journal mensuel Le Petit Vendômois, avril 2017.


samedi 11 mars 2017

"Les bonshommes de neige sont éternels" de Thierry Dedieu, Le Seuil Jeunesse, octobre 2016


 
Le Bonhomme de neige est devenu le grand ami des petits animaux de la forêt. Conteur talentueux, il fait rêver Écureuil, Lapin, Chouette et Hérisson en leur racontant des histoires ou en organisant des jeux. Mais lorsque le printemps arrive, le Bonhomme de neige perd ses forces et se met à fondre peu à peu, jusqu'à disparaître... Les animaux décident de partir à sa recherche en suivant le cours d'un ruisseau.

Nous retrouvons ici le personnage du Bonhomme de neige né sous le crayon de Thierry Dedieu dans son album « À la recherche du Père Noël », paru en 2015. La narration sobre et efficace entraîne le lecteur dans une aventure poétique qui parle du cycle de l'eau, des saisons et de la nature, mais aussi de l'amitié et de la perte. Grand format parfait pour une lecture à voix haute, couverture cartonnée, encadrement élégant des images, tonalités sépia tout en douceur et ambiance feutrée. Tout est là pour mettre en valeur les superbes illustrations de Thierry Dedieu qui offre au lecteur, à chaque double page, de véritables tableaux. Des tableaux cinématographiques au dynamisme fou, jouant avec les cadrages et les points de vue. L'auteur nous enchante avec ses portraits d'animaux adorables à croquer, absolument irrésistibles ! Le contraste charmant entre son dessin naturaliste aux détails minutieux de plumes et de poils et l'anthropomorphisme des animaux portant bonnets, écharpes et chapeaux crée un univers onirique et merveilleux d'une exquise beauté.

Album jeunesse, à partir de 3 ans



dimanche 19 février 2017

"Le tsar de l'amour et de la techno" d'Anthony Marra, JC Lattès, 2017




Dans son premier roman, Une constellation de phénomènes vitaux, Anthony Marra entraînait le lecteur en Russie et en Tchétchénie, contrées qui semblent le hanter puisqu'il nous y embarque à nouveau dans cet intéressant roman. L'auteur conte les destins tragiques d'hommes et de femmes meurtris par l'histoire de la Russie et de l'URSS, de 1937 à 2013. Le premier portrait est celui d'un artiste chargé d'effacer les visages des dissidents sur les photographies officielles et les œuvres d'art, dans les années 1930. Son frère ayant été arrêté et condamné à mort, il se met à le représenter, de l'enfance à la vieillesse, sur toutes les images qu'il doit retoucher. C'est l'un de ses tableaux qui constitue le lien invisible entre tous les personnages qui apparaissent ensuite dans ce roman bien mené, de la ballerine du Kirov envoyée en Sibérie à sa petite-fille, Miss Sibérie et star éphémère, d'une restauratrice de tableau aveugle et défigurée par un incendie jusqu'au portrait saisissant de Kolia, envoyé faire la guerre en Tchétchénie, revenu sans avenir si ce n'est le trafic et le crime.


L'écriture (ou la traduction?) est un eu décevante, elle n'est ni poétique ni d'une grande richesse stylistique, elle manque parfois de fluidité. Le récit est cependant très rapidement captivant, à la fois dur et poignant, il tient le lecteur en haleine. Il se charge progressivement de force et d'émotion, montrant sans détour des vies brisées, petites histoires personnelles écrasées par la grande histoire.



Le premier chapitre, « Le léopard », rappelle mais n'égale pas Le zéro et l'infini d'Arthur Koestle, roman paru en 1945, critique du Stalinisme, du totalitarisme, des procès et des grandes purges, restituant l'arrestation, les interrogatoires et la mort d'un ancien membre du parti ayant participé activement à la Révolution russe. Mais chez Anthony Marra, le motif du peintre secrètement subversif et de ses tableaux à énigme est original et vivifiant, apportant une pincée de mystère à ce roman encré dans un réalisme violent, criant de solitude, de misère sociale et économique, de perte de sens.



On apprécie également la description documentée de ces territoires, des villes sinistrées de Grosny en Tchétchénie, détruite par la guerre, ou de Kirovsk, ancien camp de travail forcé en Sibérie, avec sa forêt artificielle d'arbres en métal et de feuilles en plastique, ses hauts-fourneaux crachant des nuages toxiques, son lac de déchets industriels, son taux de pollution inégalable.



Jeunesses brisées par le totalitarisme, par les effets meurtriers de la pollution ou par la guerre de Tchétchénie, jeunesses désabusées malgré l'apparente liberté se succèdent à travers presque un siècle, chacune affrontant ses épreuves et ses drames, interrogeant le poids de l'héritage, des non-dits et des secrets de famille, ouvrant à des questionnements infinis sur la liberté des individus, le désenchantement et la guerre.


vendredi 30 décembre 2016

"Tout ce dont on rêvait", de François Roux, à paraître aux éditions Albin Michel le 2 janvier 2016



En 2014, François Roux nous avait éblouis avec son roman Le bonheur national brut. Un titre intelligent qui ne s'oublie pas, un récit générationnel passionnant. L'auteur revient en cette rentrée littéraire de janvier 2017 avec une nouvelle fresque romanesque contemporaine, Tout ce dont on rêvait, posant un regard lucide sur notre société. On y rencontre Justine, vingt-cinq ans dans les années 90, dégoûtée par les hommes, enchaînant les relations toxiques. Un soir, elle tombe sous le charme d'Alex, aussi beau que désinvolte. Vingt ans plus tard, on la retrouve en couple, mais c'est avec le frère aîné d'Alex, Nicolas, que Justine s'est mariée et qu'elle a eu deux enfants, Adèle et Hector.



François Roux plonge le lecteur dans l'univers de cette famille parisienne, chacun de ses personnages étant doté d'une psychologie subtile, nuancée. Les générations se côtoient mais ne se ressemblent pas. Justine, infirmière en psychiatrie, incarne une génération de quadragénaires désabusés : 


« Sa vie entière s'était construite sur de l'insatisfaction, sur l'angoisse de ne jamais être à la hauteur, de faire les mauvais choix et puis aussi, par-dessus tout, sur la malédiction de l'ennui. » 



Déçue par la politique, elle tente de mettre en pratique ses idéaux à travers sa vie professionnelle et le lecteur la suit dans les méandres de sa quête identitaire. Son père, ancien soixante-huitard acariâtre, hargneux et aigri, s'est tourné vers le Front National. Tandis qu'Adèle, dix-sept ans, semble appartenir à une jeunesse plus sûre d'elle, évoluant avec aisance dans un monde numérisé et délaissant la politique partisane pour s'engager dans un militantisme associatif. Le cœur du roman est le licenciement de Nicolas, qui le plonge lentement dans un chaos intérieur et se répercute sur son couple. Par cette figure terriblement actuelle et banalisée du chômeur, François Roux dévoile les processus psychologiques complexes à l’œuvre dans cette expérience sociale. Le portrait de Nicolas, sans pathos, montre les incohérences et l'hypocrisie d'un système ayant érigé une « idéologie du travail » tout en soumettant cette valeur suprême à la productivité et à la rentabilité. 



Attentats de Charlie Hebdo, affaire Swissleaks, critique souterraine de la société de consommation et de l'individualisme galopant, questionnements sur le couple, l'amour, la famille, si Tout ce dont on rêvait n'est pas un roman sociologique à proprement dit, il parvient avec brio à dépeindre la complexité d'enjeux majeurs de notre temps, qu'ils soient économiques, sociologiques, psychologiques ou idéologiques et invite à nouveau à s'interroger sur la notion de bonheur : 


«  Elle savait que sa vie était en grande partie guidée par la frivolité de ses désirs, elle avait une conscience à trois cent soixante degrés du fait que la majorité de ses besoins n'étaient pas du tout le fruit de sa volonté mais répondaient à des stimuli artificiels que des apprentis sorciers du commerce, du marketing, de la com – toute une armée de gens plutôt malveillants au fond – instillaient régulièrement dans son environnement naturel pour la charmer et la faire tomber dans leurs filets. »


Malgré un titre décevant, dont la première version, "Tomber comme des mouches", aurait été bien plus pertinente et évocatrice, François Roux excelle à « mêler destins individuels et grande histoire 1» et nous offre un roman d'une force prodigieuse, un roman lumineux qu'on a du mal à refermer, des personnages que l'on quittera à regret et dont on se souviendra souvent, une fin délicieuse, parfaite, impertinente à souhait, allant à contre-courant de la pensée, de l'idéologie communes et des mœurs contemporaines, un roman donnant une furieuse envie de résister.




Note :

mardi 20 décembre 2016

« Songe à la douceur » de Clémentine Beauvais, paru en 2016 aux éditions Sarbacane, collection « Exprim' »


Face à l'avalanche d'éloges - notamment dans l'émission La Grande librairie - encensant ce roman de Clémentine Beauvais, auteure jeunesse à succès et blogueuse influente, on peut rester sceptique et anticiper une probable déception. Mais oh surprise ! Songe à la douceur est tout simplement renversant. Il faut absolument lire cette audacieuse relecture des deux Eugène Oneguine, le roman de Pouchkine et l'opéra de Tchaikovsky, et, encore une fois, ne pas se fier à l'étiquette « ado » de l'éditeur Sarbacane. Plutôt destiné aux plus de seize ans, ce récit est une œuvre littéraire qui ne peut se cantonner à une lecture adolescente. Bien sûr, elle a toute ses chances de plaire à ce lectorat exigeant, mais "young adults" et adultes seront eux aussi bousculés par les questionnements universels soulevés par cette fiction remarquable : la passion amoureuse, le libertinage ou l'amour-amitié, l'effervescence romantique ou l'habitude, entre le spleen et l'idéal, comment choisir sa vie ?

Tatiana a quatorze ans lorsqu'elle rencontre Eugène, dix-sept ans, le meilleur ami de Lensky, le petit ami de sa grande sœur Olga. Rêveuse, studieuse et romantique, Tatiana tombe amoureuse d'Eugène, adolescent désabusé, désinvolte, gonflé d'ennui. Ils passent d'agréables moments à discuter ensemble jusqu'au jour où Tatiana lui déclare son amour dans une lettre. Eugène, après un temps d'absence et de silence insupportables pour l'adolescente, la repousse. Dix ans plus tard, ils se croisent par hasard dans le métro.

Le titre du roman, emprunté à un vers de Baudelaire, est merveilleusement bien choisi. L'écriture, splendide, sans concession, convoquant tour à tour un langage soutenu au lexique exigeant puis une langue familière truffée de « trique », de « putain », ou de « cool », est à la fois classique et moderne, mais surtout, formidablement musicale. Le choix de la versification mais aussi le jeu de déplacement du texte, aligné à droite, puis à gauche, puis au centre, s'accorde parfaitement avec cette écriture chantante, orale.
Si cette mise en page peut intriguer voire déranger au premier abord, on se rend vite compte de son intérêt pour porter ce texte-là. Bruno de La Salle, conteur et fondateur du CLiO (Conservatoire contemporain de Littérature Orale), a pour habitude de travailler ses textes en utilisant les potentialités de la mise en page pour appréhender son oralisation. Mise en vers, séparation nette en paragraphes pour chaque séquence narrative, grossissement de la taille de police de certains mots, le conteur compose la partition de sa narration. C'est aussi une partition que nous propose Clémentine Beauvais, pour entendre les mots sonner comme des notes, les phrases se répondre, fracassant l'immobilité d'un bloc de texte justifié. Comme les pensées qui surgissent et résonnent en nous de manière absolument non linéaire, à la fois structurée et libre, la mise en page de Songe à la douceur offre un supplément de sens, un épanouissement visuel de la poésie du texte. Le fond et la forme se font écho.

« Il regarda Tatiana
                descendre
                         les escaliers
                                 dans la grande bourrasque
                                           de l’erreur architecturale. »

Le style est saisissant de fluidité et de légèreté, imprégné d'un humour cinglant, telle cette description du directeur de thèse de Tatiana, Leprince :

« Alors qu’Eugène s’apprêtait à partir, un peu aplati
de fatigue et de tristesse,
l’homme sublime au sens burkien du terme s’adressa
soudainement à lui.
Il lui dit de sa voix gutturale,
le genre de voix qui passe sur France Culture,
le genre de voix avec de la friture,
des cordes vocales perlées de nodules,
une voix qui donne envie de lui brosser les amygdales (...) »

Ce qui touche profondément le lecteur dans ce roman, c'est cette description si juste de l'adolescence, cette période floue, véritable fracture identitaire entre l'enfance et l'âge adulte, et aussi, surtout, qui nous interpelle sur ce qui reste chez l'adulte de cet adolescent intransigeant. L'adolescent, ou plutôt les adolescents : idéalistes, romantiques, pétris de rêves, de fantasmes, d'idéaux si purs ou si naïfs, tels Lensky ou Tatiana, ou au contraire adolescents nihilistes à l'instar d'Eugène :

« Il a le mal d’un siècle qui n’est pas le sien ;
Il se sent l’héritier amer d’un spleen ancien.
Tout est objet d’ennui pour cet inconsolable –
Ou de tristesse extrême, atroce, épouvantable.
Il a tout essayé, et tout lui a déplu.
Il a fumé, couché, dansé, mangé et bu,
Lu, couru, voyagé, peint, joué et écrit :
Rien ne réveille en lui de plaisir endormi.
Souvent, il imagine, au rebord du sommeil,
Dans un futur lointain l’implosion du soleil.
Puisqu’un jour tout sera cette profonde absence,
Pourquoi remplir en vain notre vaine existence ?
Pourquoi se dépenser en futiles efforts
Dans un monde acculé au couloir de la mort ?
Qu’ils sont laids et idiots, ceux qui se divertissent,
Ceux qui se perdent en labeur ou en délices,
Ceux qui travaillent, ceux qui aiment, ceux qui chantent,
Pour oublier le vide intense qui les hante !
Eugène, à dix-sept ans, a tout compris sur tout :
Et comme tout est rien, il ne fait rien du tout. »

Flashbacks, références littéraires et interventions métafictionnelles bourrées d'humour confèrent au texte une richesse narrative vivifiante :

« On appelle ça de l’ironie tragique. Je le signale
pour que vous appréciiez à quel point
cette histoire est bien ficelée ;
à quel point la réalité veille
à respecter les lois de la fiction.
Je peux le dire sans me vanter ;
ce n’est pas moi qui l’ai inventée.
Quant au pourquoi du comment de cet hiver de silence,
de cette fontaine bientôt tarie,
de ce Lensky à tout jamais en niveaux de gris,
nous y reviendrons. »

C'est un roman à trois voix que nous propose Clémentine Beauvais, entremêlant celles de Tatiana, d'Eugène et d'une auteure-narratrice omnisciente et toute-puissante, enchantant le lecteur par ses interventions piquantes, délicieusement impertinentes. Une œuvre singulière, d'une qualité littéraire et poétique impressionnante.



vendredi 16 décembre 2016

« L'affaire Arnolfini. Les secrets du tableau de Van Eyck, roman d'investigation » Par Jean-Philippe Postel, préface de Daniel Pennac, paru chez Actes Sud en 2016




Jean-Philippe Postel n'est pas historien de l'art, il est médecin. Il nous propose ici un livre captivant, admirablement documenté sans être pour autant hermétique ni destiné aux seuls érudits. Le protagoniste de ce « roman d’investigation » est la fameuse peinture de Jan Van Eyck, Les Epoux Arnolfini, que la première description connue, en 1516, nommait Hernoult-le-Fin avec sa femme, et qui demeure l'un des tableaux les plus commentés de l'histoire de la peinture.

Peint probablement en 1434, ce tableau énigmatique représente un couple à la posture étonnante, se tenant la main à distance et sans se regarder. L'homme se tient raide, le regard sombre et hagard, tandis que la femme fixe la main droite de l'homme, dressée dans un geste de serment. Qui sont-ils ? Que font-ils ? Un homme faisant une promesse de mariage à une jeune fille ? Un mari cocu et sa jeune épousée infidèle ? Sont-ils les époux Arnolfini ? Est-ce un autoportrait déguisé de Van Eyck et de sa femme ? Nombreux sont les chercheurs, « hantés » par ce tableau mystérieux qui, à l'instar du grand historien d'art Erwin Panofsky, s'essayèrent à en proposer une interprétation, à percer le secret de ce couple intriguant. Décryptant les symboles picturaux du Moyen-age et de la Renaissance et les leurres glissés par le peintre, avec une méthode rigoureuse et une documentation fournie, Jean-Philippe Postel démontre la volonté de dissimulation, de double lecture inscrite par Van Eyck dans ce portrait. 

Certains de ses arguments sont convaincants ; d'autres, bien que cohérents, laissent dubitatif. Mais le principal intérêt de ce livre n'est pas d'accéder à LA vérité, qui restera à jamais inaccessible par manque d'informations vérifiables et de faits établis sur la vie de Van Eyck ou sur le commanditaire du tableau. Sa force, c'est de susciter une vive curiosité, une soif d'investigation, de recherche, d'analyse. Sa force, c'est de pousser à imaginer quelle histoire nous raconte ce tableau, quelles histoires nous pouvons inventer à partir de ses éléments, visibles ou soigneusement cachés. Quoi de plus plaisant que de se promener à travers l'histoire de la peinture en menant l'enquête, en regardant ses œuvres à la loupe, comme le propose aussi Daniel Arasse dans Le détail : pour une histoire rapprochée de la peinture. Quel délice, quelle jubilation de se voir dévoiler un secret ardemment recherché depuis le XIXe siècle !